Décès de Daniel Duchemin

ACB
mercredi 24 février 2021 - 09:33 - 1 commentaire

Notre ami Daniel Duchemin nous a quittés. Nous sommes tristes. Une fois encore. Une fois de trop.

Notre ami Daniel Duchemin nous laisse tomber. A son tour. Daniel Duchemin appartient à l’histoire de l’Association de Culture Berbère depuis son premier âge. Il en a été un membre actif puis, durant de longues années, le trésorier. Un simple et fidèle militant, invisible comme toutes celles et tous ceux qui ont porté, organisé, accueilli, « sécurisé », conseillé…, celles et ceux qui ont donné de leur temps et de leur énergie de manière désintéressée et anonyme. Une génération s’en va. Sur la pointe des pieds. Il faudra demain être à la hauteur de ces femmes et de ces hommes, berbérophones et arabophones, Français et Algériens, jeunes et vieux… qui ont incarné notre projet, sur plus de 40 ans. Sans bruit et sans gloriole. Avec abnégation. Portés par la seule conviction d’aider à construire une société plus juste et plus humaine. Et, peut-être, par l’amitié. Surtout par l’amitié.

« Duduche » était un ami et un frère. Un Parisien « sans racines » - ce qui avait laissé incrédules un essaim de gamins qui revendiquaient haut et fort leurs origines africaines, kabyles ou autres. Lui, embrassait l’humanité tout entière. Sans romantisme ni salamalecs. Simplement. En homme libre, gouailleur et rieur, épicurien et ripailleur, affectueux et rabelaisien. Sans dieu ni maître. Parisien du cru et Amazigh de cœur.

Daniel Duchemin était à l’image de l’ACB, comme l’ACB était à l’image de Daniel : ouvert, laïc, fraternel, militant et pas moins festif pour autant. Daniel Duchemin a été de tous nos combats, de toutes nos initiatives. Il était proche des personnalités qui nous ont accompagnés à commencer par Kateb Yacine, qui l’avait surnommé le « barbare gaulois ». « Barbare » comme berbère bien sûr, mais aussi comme figure du rebelle aux « impostures » civilisationnelles.

Nous perdons un ami et notre cause se réveille orpheline. Autour de l’ACB, l’espace de l’invisible devient plus peuplé que le monde visible…

Daniel Duchemin avait 72 ans. Toute sa vie professionnelle, toute sa vie a été consacrée aux autres, à la solidarité, à la construction d’une société plus attentive aux humbles, aux exclus, à l’Autre.

Cette grande figure de Ménilmontant a commencé par tâter de l’alphabétisation dans les bidonvilles et les cités de transit, a travaillé dans les foyers Sonacotra avant de devenir directeur du Relais de Ménilmontant. Il a été administrateur ou simple militant de nombreuses associations de notre quartier, à commencer par l’ACB. Il a exercé des fonctions au sein du Fonds d’action sociale (FAS) ou comme élu à la Mairie du XXe. À la retraite, il a poursuivi sur la même pente, continuant à assumer des responsabilités au sein de diverses structures, notamment pour l’association Génériques dont il fut le secrétaire général.

Dans l’équipe de l’ACB, Daniel Duchemin était toujours du dernier carré à quitter nos (trop) longues soirées, mélange de joyeuses amitiés et de projets grandioses élaborés dans les brumes matinales. Ce gaillard, à la carrure d’une première ligne de rugby (ce sport qu’il aimait), à la voix de basse dont il abusait pour pousser la chansonnette - entre Aristide Bruant et Idir -, ce lutteur au physique d’Hercule paraissait indestructible. « Ceux qui s’amusent ont beau n’avoir jamais sommeil, ils n’en meurent pas moins, tout comme les autres » écrit René Crevel.

Daniel Duchemin vient de partir. Trop tôt cette fois. Bien trop tôt.
Nathalie, nous sommes avec toi.

- L’équipe et les ami.e.s de l’ACB

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Commentaires

  • 1. Décès de Daniel Duchemin
    28 février,00:25, par LUGUERN Liêm-Khê

    C’est Souad, une amie commune, qui m’a appris la nouvelle hier. D’un coup, j’ai ressenti un immense vide et j’ai mesuré à quel point Daniel, tu représentais beaucoup pour moi. Je t’ai connu alors que Ménilmontant était un haut lieu de rencontres, de luttes et joie de vivre. D’abord au Relais : j’étais "jeune coureuse" de mobylette avec Convergences 84 puis à l’ASPIC, l’association de quartier où j’ai été employée pendant trois ans. J’étais encore jeune étudiante mais à tes côtés, novice en vie associative, je ne me suis jamais sentie décalée, tu avais le don de faire sentir les gens qui te côtoyaient tels tes égaux. Merci, ça m’a fait grandir. Il est impossible de dire en quelques lignes tous les souvenirs qui remontent à la surface. Nous étions si militants que nous ne comptions pas les heures dans notre implication pour le quartier et au-delà, quand je songe par exemple à l’épisode des incendies criminels de la place de la Réunion, bref nous passions beaucoup de temps ensemble, jours de la semaine, les week-end, les repas du midi et parfois du soir. Les longues et chaleureuses réunions avec Azeski, Bében, Zahia, Souad, Nicolas, Monique, Jean Claude ... j’en oublie. C’était l’époque où on pouvait manger en une même semaine une tête de mouton, boire du rouge, manger des sardines avec l’association des Portugais, aller chercher des nems chez Lim sur le trottoir d’en face et reboire un verre de rouge au bar associatif du jeudi soir. Oui Daniel, nous avons vécu de belles heures, nous avons donné sans compter, et sans jamais se prendre au sérieux. Je garderai surtout le souvenir d’un grand homme dont l’humanité se résumait bien à son rire communicatif. Il y a deux ans, tu devais, avec Nathalie, passer me voir dans le Tarn, là où je réside et puis il y a eu un contretemps. Souad est venue s’installer depuis dans le même "bled". Nous caressions l’idée de t’inviter bientôt. Je t’embrasse, j’embrasse Nathalie.

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