Manifestation

Mouvement du 17 novembre

Un texte de Cécile Orliac

mercredi 31 octobre 2018, par Menil.Info

Bon, 3 fois qu’on me demande mon avis sur le mouvement du 17 novembre, autant le donner ici.

Ce mouvement de protestation contre la hausse des prix du carburant aurait été lancé par Frank Buhler, qui tient le blog Patriosphère Infos et affiche des affinités avec, entre autres, Marine Le Pen.

Mais là n’est pas l’essentiel.

Effectivement, taxer l’essence et le gazole sans taxer le kérosène est absolument délirant, quoique logique dans un contexte de compétition internationale exacerbée.
Effectivement, les plus modestes trinquent le plus, relativement à leurs revenus.
Effectivement, bien des gens qui souhaitent sincèrement se passer de voiture ne le peuvent pas.

Quelques rappels cependant :

La hausse des prix de l’essence et du gazole est moins liée aux taxes qu’à :
- la hausse du prix du baril de pétrole
- la hausse du dollar par rapport à l’euro.
En réalité, la part des taxes dans les prix du gazole et du SP95 a... légèrement baissé depuis 2007 ! Début 2007, les impôts représentaient 59% du prix à la pompe pour le gazole, contre 57% en octobre 2018. Même chose pour l’essence, où le ratio est passé de 66% à 61% (source en commentaire).

Le prix du baril est lui-même fortement sujet à la spéculation financière. Mais qu’on le veuille ou non, la ressource se raréfie, obligeant les majors à mobiliser des moyens toujours + importants pour pouvoir racler toujours + loin, toujours + profond, pour une matière de qualité toujours moindre. Les conséquences en termes de coûts sont inéluctables, et nous n’en voyons actuellement que l’ébauche des prémices du commencement.

Un plein converti en joules équivaut à environ 4 ans de travail manuel humain (Jancovici). Quelques dizaines d’euros, est-ce si cher payé pour un tel concentré d’énergie ? Une énergie qui a mis des millions d’années à se concentrer ?

Chaque litre brûlé, ce sont des particules de CO2 qui vont rester des milliers d’années dans l’atmosphère et dont les effets sur le climat mettront 40 ans à commencer à se manifester pleinement. L’extraction de ce carburant, c’est de la souffrance ici et maintenant pour des êtres vivants. Son utilisation, c’est de la souffrance demain.

Et je ne parle pas de l’impact sanitaire des particules fines et ultra-fines (qui - au passage - sont également générées par les véhicules essence et électriques, par la simple usure des plaquettes de freins, des pneus et de la chaussée), de l’aberration de construire des monstres de 1,4 tonnes désormais bourrés d’électronique et d’alliages métalliques sophistiqués pour déplacer généralement une seule personne de 60 kg, de l’aberration des courtes distances (plus d’un déplacement sur 2 en Île-de-France concerne un trajet de moins de 3 km, soit + de 2,84 milliards de déplacements par an), etc.

Tant et tant de causes à défendre aujourd’hui, et c’est pour celle-ci que des Français choisissent de se mobiliser, parfois pour la 1e fois de leur vie...

Un gouvernement un tant soit peu soucieux du bien commun aurait une politique volontariste de développement du ferroviaire et du vélo, instaurerait la gratuité des transports en commun, stopperait l’étalement urbain, lutterait contre la disparition des services et équipements de proximité de la France rurale.

Et un gouvernement réellement responsable et courageux irait bien plus loin : il entrerait dans une logique d’économie de guerre au service de la transition écologique, celle-là même qu’appellent de leurs voeux tant de chercheurs (Dominique Bourg...) et consacrerait tous les moyens médiatiques à sa disposition pour l’expliquer aux Français : conversion massive à l’agroécologie (avec la formation et l’installation de millions de nimaculteurs et la conversion des agriculteurs conventionnels), développement des circuits courts, des recycleries et ateliers de fabrication/réparation, transformation radicale des contenus enseignés à nos enfants, soutien à toutes les alternatives fondées sur le local et la solidarité, etc.
Nos besoins en mobilité seraient bien différents...

Et plutôt que de jeter l’anathème sur tous les participants du 17 novembre, ayons le courage d’aller leur parler, comme le fera François Ruffin.
C’est là l’unique (minuscule) chance de sortir par le haut du merdier dans lequel nous sommes...


- Cécile Orliac


- Les taxes ne sont pas la première cause de la flambée du prix de l’essence et du diesel

- Pollution de l’air : diesel, essence ou électrique, tous les véhicules émettent des particules fines

- Combien suis-je un esclavagiste ?

- "ALORS, TU FAIS QUOI LE 17 NOVEMBRE ?", vidéo de François Ruffin

- Le Pic Pétrolier, vidéo

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